Joseph Arthur Nuclear Daydream – Par rapport au reste…
Alors déjà, autant ne pas se la jouer au moment d’aborder une double chronique consacrée d’une part et ici, au « nouvel » album de Joseph Arthur,
Nuclear Daydream et d’autre part, dans un autre article, à son concert du jeudi
15 octobre au Café de la Danse. Je ne connais l’homme que depuis, somme toute assez peu de temps, trois années
grosso modo, et il m’a fallu, en regard des spécialistes du natif de l’Ohio, prendre des cours de rattrapage accélérés. Au point d’ailleurs que je n’ai pas encore potassé tout le programme arthurien, qui, il faut bien le reconnaître, est assez dense
(1).
Disons, pour faire court, que j’ai découvert Joseph Arthur avec ses Lonely Astronauts, et que ce n’est que sur le tard que je me suis plongé dans sa roborative discographie solo
(2). On pourra juger que cette tare originelle me disqualifie pour parler du grand échalas
(3). Mais il est vrai que ce faisant, j’ai fait le parcours strictement inverse de nombreux fans de notre homme, qui l’ont connu et aimé en solo, avant de le suivre, de plus ou moins près, depuis qu’il s’est adjoint les Astronauts. Introduction qui n’a rien d’une quelconque nécessité de battre sa coulpe pour n’avoir pas été là où il fallait quand il le fallait
(4), mais qui me semblait en revanche utile pour le lecteur très au fait des évolutions musicales de Joseph Arthur. En un mot comme en cent, j’aime tout autant
Big City Secrets que
Temporary People, ce qui, je le sais, me sépare de nombre de fans de Joseph
(5) .
Sorti en 2006,
Nuclear Daydream, peut être considéré comme le dernier album solo de Joseph Arthur avant passage au
band. Les mystères de la distribution mondiale, qui connaît plus de ratés en matière de musique que s’agissant de la diffusion des effets, induits sur nos économies, des erreurs de quelques
brokers, ont fait que l’album ne sort en Europe qu’aujourd’hui.
Fargo l’a, peut être dans un souci de compensation, gratifié de six titres supplémentaires enregistrés lors de la même session
(6). Six titres sur lesquels je me suis peu attardé pour me replacer dans les conditions de sortie de
Nuclear Daydream, il y a trois ans. Autant le dire d’emblée, il y a dans ce disque au moins quatre chansons qui méritent, à elles seules, que vous fassiez l’emplette de la galette.
L’ouverture de
Nuclear Daydream est magistrale, enchaînant
Too Much To Hide (qui annonce déjà le
Temporary People à venir) et une petite perle trop courte,
Black Lexus. Si le rythme tombe un peu avec un curieux
Enough To Get Away qu’on pourrait croire emprunté à Belle and Sebastien, ou encore, ainsi qu’on me l’a soufflé, à l’un de ces groupes de radio-collège américain de la seconde moitié des
eighties (dont R.E.M. peut être vu comme le parangon), la gifle suivante vous arrive avec
You Are Free. Et la clôture du disque (hormis, donc, les bonus) est tout aussi sublime avec le titre éponyme de l’album. Entre-temps, Joseph Arthur déroule son folk-rock intimiste avec grâce même si on est en droit de considérer que c’est de façon un peu répétitive.
En fait
Nuclear Daydream n’est pas, contrairement à
Temporary People, un disque de rock enlevé et proche de l’
americana classique. Il n’est pas non plus de ces disques de pure inventivité et de poésie rock que peuvent être
Big City Secrets ou
Redemption's Son. C’est un objet non identifié jusqu’alors dirions-nous, finalement assez cohérent avec les phases musicales de Joseph Arthur. Il ne boucle pas vraiment un cycle et n’en ouvre pas un autre. Rassurez-vous, cela reste une collection de chansons de Joseph Arthur. La voix est là et surtout
Nuclear Daydream ne déroge pas à cette incroyable propension qu’a le musicien pour, au détour d’un couplet, nous surprendre d’un
gimmick inusité ou à nous clouer par un chorus inespéré.
Les fans purs et durs l’aimeront-ils ? Rien n’est moins sûr. Dommage ma foi, car s’il ne constitue pas nécessairement le sommet de Joseph Arthur, il surpasse largement une grande partie de la production discographique actuelle. Voyez vous même. Et puis la pochette est superbe ! Comment ça c’est un détail ? Vous plaisantez ?!
Joseph Arthur –
Nuclear Daydream – Fargo
Sorti le 6 octobre 2009
(1) Je vous renvoie, à ce sujet, à l’excellent article de mon estimé confrère Thomas Sinaeve, écrit après son interview de Joseph Arthur et qui fait retour sur sa discographie ; il paraît lui aussi aujourd’hui.
(2) Cela étant, je ne suis pas certain qu’on les compte par wagons, les fans de la première heure, ceux qui, en 1996, se jetèrent sur Big City Secrets.
(3) Si on va par là, l’ayant découvert plusieurs années après sa mort, je le suis aussi pour m’exprimer sur Gene Vincent (a fortiori sur Buddy Holly ou Eddie Cochran), ce qui me fait doucement rigoler – Oh pardon là je pêche !
(4) Le genre de trophée qu’on peut tous brandir pour un ou deux groupes, admettons dix même si vous voulez, allez, cent si vraiment vous y tenez, mais de toute façon pour une portion homéopathique de ce que le rock a donné de meilleur depuis 55 ans.
(5) En revanche je ne suis pas super enthousiaste devant Come to Where I’m From, quoique In The Sun évidemment…
(6) À ce sujet, si on ne peut que se féliciter de l’idée, généreuse, le principe des bonus, désormais quasi généralisé, donne aux disques des durées qui me paraissent bien trop longues ; évidemment là encore, le fait d’avoir grandi au rythme des vinyles qui dépassaient rarement les 40 minutes peut fort bien être vu comme un handicap par ceux qui sont habitués à une plus large amplitude. Je n’en demeure pas moins persuadé qu’il est bien rare de ne pas s’éparpiller sur dix-sept ou vingt titres, et que l’essentiel d’un album peut (devrait ?) être dit en neuf ou dix chansons.
Par Thierry The Civil Servant • jeu 29 oct 2009
(
Culturofil)